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Pas de repos pour les Idiots

La semaine est terminée



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Être et avoir
de Nicolas Philibert (2002)
This documentary on a French rural school became so succesful that the teacher claimed for money (in my opinion, spoiling this way the image shown in the film). Nicholas Philibert has the patience and the skill to make himself invisible and gives us a year of the life of these children and Mr Lopez. Oh, and Jojo is an star!
Dr Slump


2



Rapture (Arrebato)
de Iván Zulueta (1980)
If there has to be an Spanish cult movie, then this is "Arrebato". A journey through the mirror, the camera as a vampyre and the attraction of the vacuum in the ohter side. An existencial horror film, an essay on fascination that is fascinating itself. Iván Zulueta made his début with "Arrebato" in the first days of the "Movida", the cultural agitation that shook Madrid in the eighties. Never directed again.
Dr Slump


3



Le Voleur
de Louis Malle (1967)
Le Voleur ou comment Georges Randal, jeune orphelin de bonne famille élevé par un vieil oncle qui le dépouille (question), devient par vengeance un Arsène Lupin sans fleur sur la table de nuit, un voleur « qui fait son boulot salement » comme tout un voleur.
Ce Voleur, c’est Jean-Paul Belmondo dans son plus beau rôle, à la fois rusé et las, un infime sourire de mépris toujours au coin de la lèvre.
Frayant de la haute société jusqu’aux bas-fonds, Georges Randal est le témoin privilégié de la décomposition morale et politique de cette France d’avant-guerre (la Première). La mort y rôde sous les tenues de belle femme et dans les portefeuilles des riches messieurs. Pas une âme qui ne soit atteinte - la pure et fraîche Geneviève Bujold cautionne inceste et délits divers ; même les bagnards semblent surgir de la pourriture en génération spontanée (Charles Denner - indice 1).
Rien d‘étonnant alors si Belmondo donne une telle impression de solitude renforcée par l’ouverture et la conclusion du film où il opère en solo dans une maison déserte. Condamné à l’ombre, Randal vit un présent perpétuel de rapines et d’amours passagères. Le monde ne se change pas, il ne peut que se combattre et Belmondo encaisse à tous les sens du terme : l’impunité semble lui peser comme un fardeau.
D’un désespoir plus souterrain que l’impressionnant Feu Follet, le Voleur est peut-être le plus beau film de Louis Malle, cinéaste supérieur à la médiocre réputation qu’il mérite le plus souvent. On rêverait que François Truffaut ait réalisé dans sa vie un film comme celui-là, on rêve encore. Mais non, pas de regrets : le Voleur est là, découvrez-le !
Xtof


4



Une certaine rencontre (Love with the Proper Stranger)
de Robert Mulligan (1963)
Ce très beau film de Mulligan, malgré ses défauts, a l'intérêt de marquer la rencontre des deux splendides acteurs, Steve Mac Queen et Natalie Wood (indice 2), dans un de leurs rôles les plus touchants. Cette appréciation personnelle vaut surtout pour la performance de Mc Queen, plus habitué des rôles d'action, laissant moins ressortir sa grande sensibilité. Mulligan filme ici les "retrouvailles" d'amants d'une nuit, nuit à l'issue de laquelle NW est accidentellement tombée enceinte. Le couple qui n'en est pas un, dans un premier temps, cavale à la recherche d'un médecin faiseur d'anges, après avoir laborieusement réuni la somme nécessaire. Face à l'avorteuse, dans un appartement glauque (question), ils se défilent d'un commun accord. Mulligan filme ensuite la naissance du sentiment amoureux de ces deux jeunes new yorkais d'origine italienne (NW est nettement plus crédible que SMQ dans ce rôle "typé") partis sur de très mauvaises bases. Dans le rôle secondaire de l'amoureux transi d'une maladresse touchante, on retrouve Tom Bosley, le papa de Ritchie et Joanny dans la série Happy Days. Ne serait-ce que pour la splendide prestation des deux rôles titres, ce film émouvant mérite d'être vu.
Mrs Muir


5



Darkness
de Jaume Balagueró (2002)
Jaume Balaguero fait partie, avec Alejandro Amenabar et Jaume Collet-Serra (voir "House of Wax", présenté cette semaine), d'une nouvelle vague de cinéastes espagnols soucieux de renouveler intelligemment le genre fantastique/horreur (on peut associer à ce trio le mexicain Guillermo del Toro, qui a tourné deux films prenant pour cadre la guerre d'Espagne). Bien qu'il soit prématuré de parler d'école ou de mouvement, force est de reconnaître que — chacun à leur façon —, ces réalisateurs ressucitent avec intelligence un genre moribond, tout en y apportant une réelle identité : on est loin des remakes produits à la chaîne ces dernières années aux Etats-Unis ("Massacre à la Tronçonneuse", "La Colline a des Yeux", etc.). Récit de maison hantée et de famille en crise, "Darkness" a "Shining" pour point de référence, mais ne se limite pas à une imitation scolaire. Tout d'abord, parce que Balaguero sait créer une représentation du mal, à la fois originale et suffisamment effrayante (première image : les trois visages du portrait), mais surtout car, à travers cette histoire de fantômes (indice n°2 : les enfants qui observent Anna Paquin), le réalisateur explore une thématique très personnelle, celle de l'enfance maltraitée (indice n°1), déjà abordée dans "Los Sin Nombres" et qu'il traitera de manière bouleversante dans le très beau "Fragiles". On attend la suite de son oeuvre avec impatience.
Prince Mishkin


6

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* format non respecté
Un petit cas de conscience
de Marie-Claude Treilhou (2002)
Un couple de femmes mûrissantes part en week-end dans leur maison de campagne. Là, horreur !, elles se rendent compte qu’on les a cambriolées selon un mode surprenant, les voleurs n’ayant choisi que certains objets et meubles, pas forcément les plus précieux (indice 2). L’idée germe que seul un familier a pu les spolier. Margot, une amie à l’hystérie bien pesée, lance maladroitement que c’est peut-être un ancien amant à elle, Momo, marginal notoire ayant participé aux travaux de la maison. Le petit cas de conscience est en branle : dénoncer le suspect, enquêter par ses propres moyens ou passer l’éponge ?
Film d’auteur ultra-minoritaire, quasiment pas vu et plutôt détesté, Un Petit Cas de Conscience me remplit d’une joie durable et chaque nouvelle vision me conforte dans l’idée que ce film de Marie-Claude Treilhou est le film le plus politique qu’ait produit le cinéma français depuis des lustres.
Qui le croira ?, UPCDC est un suspense, un suspense assumé - qui a volé ?, pourquoi ? - construit à partir de longues scènes à deux ou à trois écrites dans une langue chamarrée, infiniment peu naturaliste et rendue encore plus étrange par les capacités d’acteur limitées d’un casting presque exclusivement constitué de metteurs en scène. En clair, tout le monde joue faux et cela ne pose aucun problème (je suis même certain que le film serait moins bon interprété par Deneuve, Huppert, Baye et Depardieu qui aurait été pourtant trognon dans le rôle de Guiraudie, potier homo ex repris de jutsice – indice 1).
Ce qu’essaie avec culot de retrouver UPCDC, c’est la jouissance du verbe d’un certain cinéma des années 30, Pagnol au premier chef. Comme chez le grand provençal, les situations s’épuisent par la parole, les hypothèses fusent, les esprits se mettent en branle, titillés par l’insupportable et finalement attachante Margot (Marie-Claude Treilhou herself).
Margot, c’est la marge reniée, une ancienne zonarde, anarchiste de cœur, devenue une possédante. Le vrai, le grand sujet d’Un Petit Cas de Conscience, c’est l’abandon des idéaux. Comment rester fidèle à soi-même ? Qu’est ce que la trahison sociale, sexuelle, économique ? Peut-on lutter contre l’embourgeoisement ? Autant de questions soulevées avec finesse sous couvert de comédie crypto-bobo fauchée. L’épilogue du film est, l’air de rien, d’une grande beauté ; on peut, comme moi, saisir ou croire saisir la résolution de l’intrigue en écoutant une anodine conversation entre deux personnages. Le dernier plan que j’adore (la si méchante question à la Arnold et Willy) montre à droite de la porte-fenêtre le reflet écarquillé de Margot, ni dehors, ni dedans, petite marchande d’allumettes trop riche qui ne se sentira jamais chez elle nulle part.

PS : ce film a été « vu et approuvé par Mrs Muir » (est-ce un gage suffisant de qualité ?, mystère…)
Xtof


7



Mysterious Skin
de Gregg Araki (2004)
Difficile de parler de Mysterious skin sans déflorer, justement, son mystère.
Adapté d’un roman de Scott Heim, Mysterious skin est le portrait de deux adolescents très différents liés entre eux par un terrible secret.
Le film de Gregg Araki a malheureusement souffert d’être comparé à Elephant et Ken Park et d’être taxé « film de plus sur l’adolescence ». Et bien non, Araki traite plus de l’enfance et de ses traumatismes que de l’adolescence. Araki évite le piège de l’ « angélisme adolescent » pour faire un film juste et touchant. La grande force du film est le regard du cinéaste qui ne juge pas, ne démontre pas ni ne pose pas ses personnages sur un piédestal.
Film assez complexe, son gros point fort est de faire la part belle à tous ses protagonistes. Le film n’est pas seulement centré sur ses deux personnages principaux ; le portrait des deux mères (les pères sont absents), le personnage de la jeune fille aux extra-terrestres ou bien les deux meilleurs amis d’un des héros, sont très justes et attachants.
A cela il faut ajouter une interprétation impeccable où on retrouve de merveilleux acteurs et actrices comme par exemple Elizabeth Shue ou bien Mary Lynn Rajskub (connue pour son rôle de Chloé O’Brian dans la série 24h chrono) ; sans oublier Bill Sage (question) magnifique dans un rôle peu évident.
N’oublions pas de mentionner une formidable bande son (comme souvent chez Araki) ; ici c’est Harold Budd et Robin Guthrie (loin des fades Cocteau Twins) qui s’occupent de la musique. Le film comprend des morceaux du groupe Slowdive (avec le superbe Dagger), groupe malheureusement un peu oublié qui a pourtant signé un chef d’œuvre : Souvlaki que je recommande chaudement au cinéphile amateur de bonne musique.
Clark


8



La Traque
de Serge Leroy (1975)
La traque est un choc ! Comme rarement en a proposé le cinéma français. Une femme, magnifique Mimsy Farmer (l’indice 2), biche traquée par une tripotée de chasseurs plus vrais et plus crédibles les uns que les autres, malheureusement. Des grands acteurs du cinéma français (qu’on peut deviner sur l’indice 1) réunis pour une partie de chasse qui se transformera en « chasse à la femme », excusez du peu : Jean-Pierre Marielle, Philippe Léotard, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Michel Robin, Paul Crauchet.
Je ne passerai pas en revue la psychologie de chacun des personnages masculins mais c’est l’une des réussites du film : Serge Leroy réussit à dépeindre des personnages très différents, mais ayant chacun à leur façon, des raisons (plus ou moins apparentes – dont l’objet de la question) d’accepter les règles du jeu. Une autre grande réussite tient à la place prédominante du paysage dans lequel se fondent complètement les chasseurs : le bocage participe à la traque. Il fait courir la bête, lui offre des cachettes précaires, avant de la lacérer de ses branchages, de la découper de ses hautes herbes et de l’engloutir au fond de notre mémoire. Et ces chasseurs, oublieront-ils ce qui s’est passé ? Enfouiront-ils le souvenir de cette femme dans les marais nauséabonds de leur conscience ? Une chose est certaine : impossible pour moi d’oublier ce film …
Scalpaf


9



Amanece, que no es poco
de José Luis Cuerda (1989)
Forget Buñuel: this is the most surrealist film ever done in Spain. Or, as Cuerda says, sub-ruralist. I will not try to sum up what happens in this town, where men can grow in fields, political exiled ride bicycles or smell well, the Guardia Civil is really helpful, plagiarizing Faulkner is not a good idea, and the mayor comes with a terrific woman. This is like Penguin Village: whatever you can imagine, will occur. So... let's do flashback or we'll have general elections tomorrow!
Dr Slump


10



Les complices de la dernière chance (The Last Run)
de Richard Fleischer (1971)
The Last Run n'est pas le film le plus prisé du très prolifique et pareillement inégal Richard Fleischer. Il a pourtant un suprême effet spécial qui transcende cette enième histoire de truand sur le point de raccrocher. Cet effet spécial, c'est George C. Scott.- acteur à la voracité extrême (Patton, Folamour) qui n'a pas peur du sous-régime.
Dans The Last Run, Scott conduit vite mais sa machine est ralentie. Homme seul, sans plus trop de rêves, sa dernière course lui redonnera jeunesse et allant. Dans la plus belle scène du film, Scott encaisse de dos une terrible déception, une promesse qu'on ne lui tiendra pas. Il se retourne, le visage ouvert, un petit rire tout frais pour dire qu'il n'y a jamais cru, puis l'espace d'un instant, ses yeux bleus perdent de leur éclat et Fleischer coupe brutalement : c'est suffisant, on a compris qu'il ne s'en relèvera pas. Autant d'économie de part et d'autre force le respect. Il faut voir les films où joue George C. Scott, monstre superbe qui sait se faire tout petit.
Xtof


11



Sérénade à trois (Design for Living)
de Ernst Lubitsch (1933)
Quel délice ! Comédie de haut vol, un minimum de moyens - 4 personnages centraux - et une multitude de situations qui s'enchaînent remarquablement. Immoralité jouissive, dialogues à couper le souffle, ironie froide, situations cocasses, sans jamais tomber dans la facilité ni dans la vulgarité, absolument unique et incontournable. Sur le thème du trio amoureux, Lubitsch nous offre un véritable florilège. La question choisie est à l’image du film, d’une symbolique sexuelle à peine dissimulée … et les indices à l’avenant, nos deux hommes – Gary Cooper et Fredric March – tournoyant comme des papillons autour de la fleur, Miriam Hopkins en femme libérée.
Scalpaf


12



Avant la nuit, tout est possible (Before sunset)
de Richard Linklater (2004)
Nine years after, Richard Linklater, Ethan Hawke and Julie Delpy return with the same characters and story left in Vienna. Life does not always give you a second chance; but cinema is greater than life, isn't it? A touching film, honest and intelligent.
Dr Slump


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O Fantasma
de João Pedro Rodrigues (2000)
Premier film du portugais João Pedro Rodrigues, O Fantasma est un film mystérieux et envoûtant. Le scénario est pour le moins étrange puisque l’on suit un éboueur lisboète qui, fou de désir pour un jeune homme, va peu à peu se transformer en animal (cf. indice 2 où en fait il devient une sorte d’insecte géant).
Un minimum de dialogue, quelques petites notes de musiques et une action se déroulant principalement la nuit caractérise ce film très singulier.
O Fantasma fonctionne sur les sensations et les obsessions de son personnage principal. On assiste alors à quelques fantasmes gays tels une coucherie brutale avec un flic, une scène d’amour dans les toilettes. Mais la vraie thématique du film reste le désir. Celui-ci prend des proportions de plus en plus énormes allant même jusqu’au kidnapping de l’être aimé.
O fantasma ne cesse de surprendre le spectateur jusqu’à un final étourdissant ; le dernier quart d’heure du film reste, peut-être, une des choses les plus étranges vu au cinéma.
Etiqueté comme simple curiosité gay, le film de Rodrigues vaut beaucoup plus que ça. O Fantasma est résolument un grand film moderne (beaucoup plus intéressant que le très fade et sans intérêt Inland Empire), assez proche d’un autre film sur l’animalité, Tropical Malady de Apichatpong Weerasethakul.
Malheureusement, João Pedro Rodrigues n’a pu confirmer son talent, puisque son deuxième film, l’ennuyeux Odete, s’avère complètement raté.
Clark


14



La Nuit des fous vivants (The Crazies)
de George A. Romero (1973)
Ce film de Romero (choisi par erreur par ma pomme dans la liste des films déjà joués au FRCD) qui est loin d'être un chef d'oeuvre a l'intérêt de constituer l'ébauche des films couleur de zombie de l'auteur. Le cadre futur du formidable "Dawn of the Dead" et du très bon "Day of the Dead" y est posé : la population d'un village américain est touchée par un virus fabriqué par le gouvernement dans le cadre de la guerre bactériologique qui transforme les personnes contaminées en fous meurtriers (scène de folie collective en indice 1). Un petit groupe d'habitants tente de fuir la quarantaine imposée par l'armée (en question pas facile le pied d'un militaire équipé d'une combinaison de protection, devant des jouets - figurines de soldats - abandonnées par les enfants d'une maison contaminée), qui brille par son inhumanité, pendant que des scientifiques se démènent pour trouver un antidote (indice 2). Comme dans ses oeuvres futures, les agresseurs fous et meutriers y sont présentés comme des victimes innoncentes d'une société, et plus précisément de ses institutions, impitoyable. Un film "chaînon manquant" de l'oeuvre de Romero à découvrir.
Mrs Muir


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Schizophrenia (Angst)
de Gerald Kargl (1983)
Découvert à la Cinémathèque française grâce à Gaspar Noé (grand admirateur du film), Schizophrenia (son vrai titre est Angst, la peur) s’inspire d’un fait divers réel pour nous raconter le massacre d’une famille par un tueur sadique et surtout lâche (il s’attaque à 2 femmes, deux vieilles et un handicapé).
Film autrichien assez violent et insoutenable, Schizophrenia distille un malaise permanent du à une proximité avec le tueur. En effet, le film nous plonge dans l’univers mental et pour le moins dérangé du serial killer. On partage ses pensées (le tueur commente ses actes et raconte sa vie), ses pulsions criminels (magnifique séquence du snack-bar, question, et oui il s’agissait d’un gros plan d’une saucisse !) et ses crimes (le tout filmé presque en temps réel).
Schizophrenia dérange aussi par la personnalité de son protagoniste. Le serial killer est souvent présenté au cinéma comme un tueur intelligent et calculateur ; ici c’est tout le contraire avec le portrait d’un homme pris dans sa folie, complètement désorganisé et improvisant ses crimes.
Ce film fût réalisé par un illustre inconnu : Gerald Kargl dont c’est l’unique réalisation (un court métrage documentaire est à mettre à son actif). A noter tout de même la présence au générique du célèbre vidéaste polonais Zbigniew Rybczynski (crédité comme chef opérateur et co-scénariste) qui a alimenté la rumeur comme quoi c’est lui qui a réalisé le film sous une fausse identité.
Il faut aussi mentionner l’interprétation hallucinée de Erwin Leder (élue homme le plus sexy par miss Muir) dans le rôle du tueur (indice 2).
A ranger à côté du glaçant Henry : portrait of a serial killer de John Mc Naughton, Schizophrenia est une expérience certes éprouvante mais à tenter. Le film a, évidemment, beaucoup influencé Seul contre tous de Gaspar Noé mais aussi un des meilleurs films d’Haneke, Funny games.
Sous l’impulsion de Noé, le film de Gerald Kargl doit sortir en Dvd mais malheureusement cela fait plus d’an qu’il est annoncé ; allez un petit effort !
Clark


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* format d'origine non respecté
Maniac Cop
de William Lustig (1988)
Film B de serial-killer bien divertissant, Maniac Cop ne se prend jamais au sérieux. Au départ imaginé pour être la suite du très tranchant Maniac du même William Lustig, ce film a acquis une personnalité propre assez intéressante. Point de suspense sur l’identité du serial-killer, son nom et sa fonction sont connus dés le début du film, c’est un flic, on l’appellera « Maniac Cop ». Il manque juste un visage à mettre dessus, et pour cause. Peu de surprise quant aux victimes puisque dés que la caméra s’approche d’un innocent, c’est l’annonce que sa fin est proche. Mais pas d’acharnement non plus dans les scènes de meurtres. Elles sont nettes et brutales, le plus souvent signifiées par de simples sorties du champ de la caméra : l’une attrapée par les pieds, l’autre la tête enfoncée dans le goudron, une autre symbolisée par une lampe de chevet qui tombe par terre, … Voilà donc le film de serial-killer dénudé de certains de ses attours habituels : le suspense et la cruauté. Mais alors comment ça fonctionne? Tout d’abord Lustig respecte de bout en bout le statut du spectateur, comme témoin unique du film. Il joue continuellement avec lui, l’emmène où il veut, et le place parfois devant ses propres préjugés, comme par exemple face au visage de ce flic en gros plan (l’indice 2). Le spectateur fait partie du film, et on ne se fout pas de lui. Puis il y a le retournement des valeurs : un flic serial-killer. Cela offre des situations très cocasses, voire carrément jouissives, comme les réactions paranoïaques des honnêtes citoyens qui en viennent à se méfier et à se défendre (port d’arme oblige) du moindre policier. Lustig multiplie les décalages, avec en pierre angulaire une parenthèse onirique où on découvre le passé de « Maniac Cop » à travers une mémorable scène de douche (la question) sur une musique lancinante de Jay Chattaway, et se terminant sur une grossière référence à Psychose. Le décalage atteint son paroxysme dans la scène finale du film, flirtant avec le grand guignolesque et accomplissant l’esprit « potache », jusqu’au signe d’au revoir de « Maniac Cop » qui nous donne déjà rendez-vous au prochain numéro. Pas un chef d’œuvre, mais indéniablement un très bon moment.
Scalpaf


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Comme un chien enragé (At Close Range)
de James Foley (1986)
Conçu au départ comme un véhicule pour Sean Penn, "At Close Range" témoigne de la singularité de l'inégal James Foley. Si le film n'évite pas quelques fautes de goût — un ou deux ralentis maladroits, l'horrible "Live to Tell" de Madonna au générique de fin —, "At Close Range" est pourtant beaucoup plus proche de "La Nuit du Chasseur" — son modèle évident — que des inepties "teenage" produites à la chaîne au milieu des années 80. Loin d'un formatage à la sauce MTV, ACR — bien que se rattachant à l'univers du film noir — est avant tout un très beau portrait des enfants perdus de l'Amérique profonde. Le film raconte la fascination d'une tête brûlée (Sean Penn, "brandoïsé") pour son père, truand de seconde zone et figure maléfique (Christopher Walken, dans un de ses meilleurs rôles). L'admiration du fils se transforme peu à peu en répulsion, à mesure que celui-ci prend conscience de la véritable nature de son géniteur (première image : l'exécution nocturne d'un ancien comparse devenu indicateur de police) et tout ceci finira plutôt mal (indice n° 2 : Walken et Penn dans la cuisine). Pour conclure, on signalera qu'en plus des deux acteurs principaux, le film réunit un casting de jeunes comédiens dont la plupart feront leur chemin à Hollywood dans les années suivantes : Kiefer Sutherland, Mary Stuart Masterson, Chris Penn (RIP) et l'extraordinaire Crispin Glover en amoureux contrarié du chef de bande (indice n°1).
Prince Mishkin


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La Maison de cire (House of Wax)
de Jaume Collet-Serra (2005)
Un film qui réunit Paris Hilton et Elisha Cuthbert mérite-t-il le détour ? (indice n°2) Oui, mais uniquement s'il s'agit de "House of Wax". Faux remake du film d'André de Toth — les deux histoires n'ont quasiment rien en commun —, HOW est un coup d'éclat du jeune réalisateur Jaume Collet-Serra, qui témoigne une fois de plus de la vitalité du cinéma fantastique espagnol des dix dernières années (voir également la présentation de "Darkness"). La première partie du film laisse pourtant appréhender le pire : ados en virée, camping sauvage, visiteur nocturne... Tous les ingrédients de base du slasher-movie sont réunis et utilisés correctement, mais sans la moindre originalité. A peine remarque-t-on de vagues clins d'oeil à l'univers de la télé-réalité, via la présence de Miss Hilton et les incursions d'une caméra numérique, mais il n'y a pas de raison sérieuse d'aller crier au génie. Puis, la deuxième partie démarre... Le groupe débarque dans une ville de l'Amérique profonde — ville dont l'attraction principale est le fameux musée de cire — et brusquement tout bascule... Dans la mesure où HOW joue beaucoup sur les effets de surprise, il est préférable d'en dévoiler le moins possible. On peut juste signaler que le film cite assez pertinemment "Whatever Happened to Baby Jane" de Robert Aldrich (première image) et que JCS parvient à installer un climat de paranoïa réellement troublant (indice n°1). Le films acquiert peu à peu une poésie macabre assez surprenante — si l'on se souvient des premières impressions suscitées — et s'achève sur une scène finale d'une grande beauté plastique, digne de figurer dans une anthologie du cinéma d'horreur. on espère que la suite sera du même niveau.
Prince Mishkin


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Stars in My Crown
de Jacques Tourneur (1950)
Loin des chefs d'oeuvres fantastiques de Tourneur, Stars in my Crown, de facture assez classique, est un film magnifique sur l'enfance et la tolérance, au même titre que "To Kill a Mockingbird" de Mulligan.
Tourneur y dépeint la vie d'une petite ville américaine à travers le regard d'un jeune orphelin (Dean Stockwell - le garçon aux cheveux verts de Losey et plus tard l'ange gardien de la série Code Quantum - à gauche sur l'indice 1) adopté par le pasteur de la communauté (Joel Mac Crea, à gauche sur l'indice 2) et sa femme. Cette paisible communauté sera confrontée à de terribles épreuves : une épidémie de typhus, qui emportera une partie de la population, et la haine raciale du Ku Klux Klan. La photo de la question illustre la scène la plus bouleversante du film, que je ne dévoilerai pas pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas vu.
Malgré l'omniprésence de la religion (le titre du film est le nom du cantique préféré du pasteur) et mon athéisme chevillé au corps, ce film ne verse jamais dans le prosélytisme et prône l'amour de son prochain et la tolérance comme des valeurs plus humanistes que religieuses. C'est une merveille !
Mrs Muir


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* format inconnu - format de production 35 mn
Le Grand amour
de Pierre Etaix (1969)
Les grands burlesques français n’ont jamais eu de chance. Max Linder s’est suicidé, Jacques Tati s’est ruiné et Pierre Etaix est tombé dans l’oublie.
L’œuvre de Pierre Etaix mérite d’être redécouverte ; parmi ses œuvres les plus célèbres on peut noter le magnifique Yoyo, Le Soupirant et ses courts métrages Heureux Anniversaire et Rupture. Etaix a aussi réalisé d’autres films moins connus tels : Tant qu'on a la santé ou Pays de Cocagne (malheureusement jamais vus) et Le grand amour.
Coécrit, comme la plupart de ses films, avec Jean-Claude Carrière ; Le grand amour est l’histoire d’un jeune homme (Pierre Etaix, indice 2) qui a fait un mariage par intérêt et s’ennuie auprès de son épouse (Annie Fratellini, aussi indice 2) et tombe amoureux de sa jeune secrétaire (la délicieuse Nicole Calfan, question).
Le grand amour fait la part belle au burlesque avec notamment la superbe séquence du rêve où le lit devient voiture (indice 1), gag profondément poétique inspiré par un passage du Knack et comment l’avoir de Richard Lester.
Mais de tous les films d’Etaix, Le grand amour est certainement le plus grave et le plus mélancolique parce qu’il touche un sujet universel à savoir la crise de la quarantaine.
Pierre Etaix, homme très sympathique, avoue avoir été escroqué par des producteurs sans scrupules si bien qu’il n’est plus propriétaire de ses propres films.
Ecoeuré, Pierre Etaix s’est tourné vers le cirque avec sa femme, Annie Fratellini (disparue en 1997).
Espérons qu’un jour un éditeur courageux sortira les films d’Etaix en Dvd.
Clark


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Les musiciens de Gion ou La fête à Gion (Gion bayashi)
de Kenji Mizoguchi (1953)
A travers l’histoire de deux Geishas, Miyoharu – jouée par Michiyo Kogure – expérimentée, rompue aux rites et contraintes que lui imposent sa fonction, et Eiko – incarnée par la toute jeune et (déjà) magnifique Ayako Wakao – l’apprentie, pleine d’illusions, de rêves et de soif de liberté que la première accepte de former pour devenir une « maiko de carte postale », Mizoguchi montre avec finesse les arcanes du monde des Geishas. Avec Eiko, Mizoguchi nous fait entrer au cœur de ce système social et économique et nous en fait toucher les pratiques et les obligations. Derrière la fierté du Japon, se cache l’asservissement des femmes : opprimées, emprisonnées, objets de désir et monnaies d’échange au service d’une société patriarcale. C’est un film social mais c’est aussi une très belle histoire d’amitié qui se noue progressivement entre ces deux femmes, remplie de silence et de non-dits, pleine de complicité et de dignité. Car la caméra de Mizoguchi aime ces femmes. Elle les aime sans compassion, de manière simple, en les montrant dans leur quotidienneté la plus étriquée. La scène finale où Miyoharu et Eiko remonte la rue côte à côte, claquant leurs chaussures sur le sol et regardant droit devant elles (l’indice 2) après avoir échangé un léger sourire complice, est déchirante de dignité. C’est un film fin, sensible, épuré dans son écriture, un véritable travail d’orfèvre. Les plans se superposent, pour montrer la femme « contrainte » dans son milieu, enfermée derrière une grille (la question), cachée derrière un paravent, voilée derrière des tentures. Il fourmille aussi de détails significatifs, comme l’usage du saké pour « aider » la Geisha à satisfaire les besoins de l’homme qui l’attend (l’indice 1), ou encore les scènes de maquillage et d’habillage des femmes … toujours filmées avec discrétion et minutie. De la belle œuvre, je vous dis !
Scalpaf


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Adieu ma concubine (Ba wang bie ji)
de Chen Kaige (1993)
Esthétiques sacrifices sur l'autel d'une société bouleversée. Eternité de l'art. Dans "Adieu ma concubine", les personnages, dépassés par leur destin, traversent avec douleur et passion les années de traumatique gestation de la Chine moderne. Leslie Cheung au sommet de son talent incarne un acteur de l'opéra de Pékin (indices 1 et 2) jouant des rôles de femmes (les rôles féminins importants, "dan", sont traditionnellement joués par des hommes). Ses passions : l'art au travers de l'opéra de Pékin auquel il consacre sa vie de façon inconditionnelle ("I'm just a fake king. You really are Concubine Yu") et son amour platonique pour son partenaire d'opéra (Zhang Fengyi, indice 2). Ses douleurs : son addiction à l'opium (Question), les humiliations, les trahisons, l'irruption de Gong Li dans la vie de Zhang Fengyi.
Co-palme d'or 1993 avec "La leçon de piano", "Adieu ma concubine" est un film esthétiquement splendide, puissant et dur. Couvrant la même période que "Vivre" de Zhang Yimou (1994), il souffre probablement de surabondance de détails historiques : vestiges de la dynastie Qing, République de Chine, occupation japonaise, République Populaire, Révolution culturelle. Ce passe houleux fait partie des démons du réalisateur Chen Kaige, ancien Garde Rouge qui a dénonce publiquement son père, et sa description sans complaisance a valu au film d'être initialement interdit en Chine Populaire.
Mister Ke


23



Le Feu Follet
de Louis Malle (1963)
Louis Malle est un cinéaste inégal, mais on doit lui reconnaître au moins deux grands films : "Le Voleur" d'après Georges Darien (présenté cette semaine par X-Tof) et "Le Feu Follet". Adaptation fidèle du récit de Pierre Drieu La Rochelle, le film transpose intelligemment la période de l'entre-deux guerres dans le Paris des années soixante. LFF raconte les derniers jours d'Alain Leroy (Maurice Ronet, inoubliable : indice n° 2), dandy en bout de course soigné pour alcoolisme dans une clinique de la banlieue parisienne. Sans réel désir, - à part peut-être celui de réveiller les fantômes - Alain s'offre une dernière virée dans la capitale et y croise plusieurs figures de son passé, parmi lesquelles X, militant OAS en cavale (Romain Bouteille : image de référence) et Y (Jeanne Moreau dans une galerie de peinture : indice n°1). Cependant, chaque rencontre, au lieu de le ramener à la vie, confronte un peu plus Alain à une intime certitude : son heure de gloire est passée et il ne fait plus vraiment partie du monde des vivants. Grand film sur la dépression, mais également sur la France de l'ère Gaullienne - vue à travers le regard d'un marginal -, "Le Feu Follet" est une oeuvre magistrale qu'il est urgent de (re)découvrir.
Prince Mishkin